New Hampshire - Sur la route
Chère Véronique, Cher Marc-André,
Thump thump-thump crash, le New Hampshire. Aristote me cassait déjà les oreilles avec sa musique. Elle était fascinée par les Girls groups des années 60. Et le radio, avec ses deux petits boutons et son écran, ressemblait étrangement à un petit monstre musical jouant sans fin le Greatest hits des Ronettes.
Le paysage défilait sur les complaintes de Ronnie Spector. Arbre, après arbre, le New Hampshire. L'asphalte ressemblait à un immense tapis infini, coulant, et moi je m'endormais, épuisé de rouler, avec ce long souffle dans mon cou, puis dans mes oreilles. Je mis mes lunettes fumées afin de lutter contre le soleil, alors que le sommeil, lui, semblait me gagner.
Ronnie tomba dans une salle sans cesse grandissante. Elle se déforma puis devint un coucou-Aristote. Je lui dis: "Mets ceci !" Ce qu'elle fit. Avec un arbre sur la tête, elle semblait devenir plus grande. Le soleil resplendissait, ses cheveux marrons et ses mouvements d'épaules me donnait l'idée d'une rythmique plus qu'intéressante. "Oh ! cria-t-elle. Comme je suis grande maintenant !"
Une crevasse sur la route me fit ouvrir les yeux. Ronnie revint à sa place, dans le petit monstre musical, dans une chambre pas plus grande que celle choisie par Phil Spector. Et mes paupières vinrent revoiler mes yeux alors que le soleil me pointait du doigt. Je me rappele St-Pamphile les dimanches après-midi. La nausée, la chaleur, l'odeur de voiture, poussière, soleil, succès doo-wop.
Verdamment blanchi, surexposé, j'arrivai, alarmé, à côté d'un homme qui mélodisait les Ronettes. Je lui demandai ce qu'il faisait, mais il ne répondit pas. Je tentai donc de le toucher, mais il disparut. "Papa ?"
On tourna. Mes yeux s'ouvrirent de nouveau. Je souriais: "C'est quoi ces histoires de papa ?" Puis on passa à côté d'un cadavre-animal à moitié décomposé. Il valait mieux que je me rendorme. Et je plongeai dans le cadavre. La puanteur, les insectes, le rouge devenu brun. La charogne, le corbeau, sombre spectre, toujours affamé; je protègeais mes yeux. Puis je m'enfonçai encore plus loin, vers l'infiniment petit. J'atteignis l'infiniment grand. Les deux étaient infinis. Une certaine accélération, puis le paysage passait rapidement, les objets à vive allure se perdaient dans une traînée colorée, puis tout se fonda en un extérieur de voiture alors que le cadre de la voiture sembla sortir de mes yeux. J'étais assis devant ce cadre.
Il me fallut quelques secondes pour constater que j'étais réveillé. Que ce monde autour de moi était la réalité. Puis devant mes yeux, ce monde, plutôt obscur, devenait tranquillement une ville, toute lumineuse, orangée: Boston, Massachusetts.
Je vous réécris bientôt,
Jean-Pascal de La France

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